La puissance du mensonge sur PETROCARIBE

Par Yves Germain Joseph.

“Plus le mensonge est gros, plus il passe et plus le peuple y croit.” Ces derniers jours, des protestataires ont gagné les rues autour d’une plateforme appelée « Banm kòb Petrocaribe a » pour marquer leur désapprobation de l’utilisation des fonds PetroCaribe et de cette dette potentielle d’Haïti envers le Venezuela d’un milliard huit cent millions de dollars qui se seraient « volatilisés », suivant la propagande de plus d’un.

Patriotisme oblige. C’est le rapport, truffé de mensonges, de plusieurs centaines de pages, d’une commission sénatoriale qui l’affirme et qui devrait inspirer confiance. Mais que sont-ils ces dits « sénateurs-experts » qui en ont ainsi décidé sans même oser confronter leurs victimes avec des faits ?

J’ai vu (devrais-dire sénateur?) Beauplan bafouiller des syllabes dans une vidéo mise en circulation, pour justifier l’utilisation inexplicable de mon nom dans un contrat de route en béton hydraulique avec une firme chinoise reliant Colladère à Cerca Carbajal que je n’ai pas pu, avec regret, exécuter par manque temps et de fonds. Une pauvre fiante ! Il faut voir cette vidéo.

Maintenant, pour certains, Petrocaribe est devenu une affaire privée. En effet, des individus ont porté plainte devant les tribunaux et se sont constitués partie civile pour que ces fonds leur soient restitués. De tous, ce sont les plus agressifs et les plus déterminés. La plupart ne savent même pas écrire leurs noms. Ce n’est plus à l’Etat qu’il faudrait restituer des fonds dits « détournés, volés » mais à eux qui se disent lésés. Ils considèrent qu’ils sont en droit de recevoir une partie du butin en « dédommagement ». Les fonds de l’Etat appartiennent désormais à eux aussi comme ceux qu’ils accusent d’en avoir abusé . C’est l’histoire de Maître Aliboron. C’est cette culture de corruption qui se développe, qui nous terrasse et qui prend des formes multidimensionnelles qu’il faut combattre. Mais comment et avec qui ? Un juge a même été désigné pour recevoir leurs plaintes… Et il s’est déclaré compétent pour entendre l’affaire. Lui aussi a droit à une part du pactole au nom de son « patriotisme ». De telles choses se voient uniquement en Haïti.

S’apercevant que ce montant de un milliard 800 millions de dollars était sans doute trop proche de la vérité, les protestataires l’ont grossi à deux milliards. Sans avoir jamais ou demandé à voir un quelconque document comptable.

Même cette augmentation de deux cents millions a été jugée très vite trop peu pour susciter l’émotion collective. Elle a été gonflée, en un laps de temps, à deux milliards cinq cents millions de dollars. Cela devenait tellement intéressant que la représentante des Nations-Unies, en Haïti, a jugé bon d’apporter son support aux plaignants. Parce qu’elle vient d’une communauté où l’on apprécie bien les affaires de milliards…

A compter de ce moment, la guerre des chiffres entre les internautes a éclaté. Chaque site affichait un montant différent. Dans l’espace de quelques mois, la dette PetroCaribe a atteint, dans l’imaginaire haïtien, trois milliards puis, de manière plus fantaisiste, trois milliards cinq cents millions de dollars. Dès cet instant, les allégations sur le montant du fonds PetroCaribe se sont multipliées comme aux enchères. Une sorte de « qui dit mieux ». Et pourtant, tous les détails de l’utilisation de cette dette sont postés sur le site de BMPAD, fiduciaire des fonds PetroCaribe.

Devant le Consulat haïtien à Montréal, le vendredi 24 août écoulé, 24 heures après le déclenchement des manifestations à Port-au-Prince réclamant le remboursement des trois milliards cinq cents millions, la « bourse » a encore grimpé de trois cents millions, portant le nouveau montant à trois milliards huit cent millions de dollars.

On est déjà convaincu d’une chose: la surenchère de cette dette ne s’arrêtera pas ! Il faut un chiffre astronomique pour frapper l’imagination, pour grossir encore le mensonge. Les chiffres officiels du ministère de l’Economie et des Finances ou ceux de BMPAD ne convaincront jamais. Pourquoi ne pas y rajouter les fonds de la CIRH, par exemple? Cela ferait 11 milliards de plus à réclamer. De l’ONU aussi et surtout qui collectait et gérait ces fonds. Où sont passés les fonds de la CIRH ? Que sont-ils devenus ?

Cette culture du mensonge est honteuse. Elle tue et heurte, mais surtout les affabulateurs eux-mêmes et l’assistance qu’ils recueillent.

Du train que ça va, même les documents financiers de la PDVSA ne convaincront personne. Les protestataires sont à la recherche maintenant de 3 milliards 800 millions de dollars. BANM KÒB PETROKARIBE A. Les travaux réalisés au cours de cette période grâce à ce fonds ne pourront pas être pris en considération. Ils n’en seront pas déduits. On peut être assuré que Petrocaribe donnera, sinon deux présidents, mais au moins deux candidats.

Au moment où le peuple se laisse gagner par cette opération de propagande, les protagonistes de cette triste campagne réfléchissent aux moyens de capitaliser sur cette vaste campagne de manipulation. Quand Beauplan, qui croyait avoir trouvé sa planche de salut vers le ciel, se présenta à la CNMP pour procéder à la vérification des contrats considérés illégaux, il fut déconcerté en découvrant qu’il avait erré lamentablement dans ses analyses. Il n’avait aucune compréhension des lois qu’il avait votées. Tandis qu’il attendait le résultat d’autres recherches effectuées par les techniciens de la CNMP, il s’est fait surprendre murmurant à haute voix, comme dans un rêve: « mon Dieu, ce dossier doit me conduire à la Présidence  ».

Des images de gens sont postées ça et là dans des tableaux d’affichage en pleine rue, avec autorisation de certains Maires, sans vergogne et en liberté provisoire, sans respect aucun pour le principe de présomption d’innocence. Ceux qui patronnent ce mouvement vivent pour la plupart dans des capitales occidentales où siègent les modèles de démocratie qui nous sont offerts en exemple. On dirait que de quelque coin du globe où vit l’Haitien, la notion du respect du droit d’autrui n’est pas de son apanage… Quand et où donc ont-ils vu de tels spectacles portant atteinte, librement, aux droits d’autrui en ces lieux où ils ont grandi et se sont développés physiquement et spirituellement ?

Et c’est ainsi qu’on fait l’histoire dans cette “Haiti chérie” où des drug dealers, pour un temps, font la loi aujourd’hui et se font décerner les palmes de défenseurs du bien public; et pourtant ce sont les mêmes que l’on a vus, hier encore, faire atterrir dans les champs, de petits avions bondés de stupéfiants, en jango, armes à la main… même pas camouflés.

Yves Germain Joseph

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